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31 janvier 2020

Le point sur les marchés financiers

Vulnérables

Après un début d’année en fanfare, les marchés sont rentrés dans une phase plus complexe. Certaines fragilités sont venues fracturer le mouvement haussier démarré en 2019.

Tout d’abord le coronavirus en provenance de la ville chinoise de Wuhan a rappelé le contexte sanitaire délicat en Chine. Cette épidémie, juste avant le Nouvel An chinois, est pour l’instant sous contrôle et ne devrait pas faire dérailler la croissance mondiale. Elle provoque toutefois un sentiment d’insécurité pour les investisseurs qui se souviennent du SRAS en 2002-2004 (baisse d’environ 15% pour les indices asiatiques Hang Seng, CSI 30 et Nikkei).

Le lancement de la procédure d’impeachment de Donald Trump constitue aussi une nouvelle étape dans la course à la Maison Blanche. Son discours au sommet de Davos a clairement posé les jalons de la campagne pour sa réélection.

Enfin, l’Italie pourrait de nouveau basculer dans l’instabilité si les élections régionales en Emilie-Romagne et en Calabre étaient remportées par la coalition de droite menée par Matteo Salvini. Ces événements « non économiques » se cumulent avec des politiques monétaires qui ont abandonné leur mandat de stabilité « financière » au profit de la croissance économique « à tout prix ». Cette relative perte d’indépendance a pour première conséquence de prolonger un cycle d’hyper croissance aux Etats-Unis fondé sur la surconsommation et l’absence d’investissement industriel et de soutenir à bout de bras une économie européenne toujours incapable de produire une amélioration sensible de la profitabilité de ses entreprises. Dans un monde sans rémunération et sans inflation, les actifs réels retrouvent leur intérêt mais encore faut-il les acheter à un prix raisonnable et surtout pas avant un retournement de cycle ? L’idée commune que « tant que les Etats-Unis vont, tout va » ou que « quand Trump va, tout va » justifie actuellement le positivisme de tous les investisseurs sur l’économie et sur les marchés actions. Pourtant, la distorsion des multiples de valorisation et l’existence d’une croissance faible, inégalitaire, dangereuse sur le plan écologique constituent un contexte propice aux grandes désillusions. La saison des résultats annuels qui s’annonce pourrait cependant donner momentanément des arguments favorables à la thèse de la robustesse des marchés actions et de la dynamique séculaire des nouvelles technologies. Tesla vaut dix fois plus en bourse que Renault alors qu’il vend dix fois moins de voitures. Néanmoins, il ne semble pas tenable sur le moyen terme de continuer à évoluer dans un environnement de taux réels négatifs.

Ce cadre monétaire a poussé l’immobilier à des prix vertigineux bien aidés également par les politiques de logement souvent incohérentes et protectrices de ceux qui sont déjà propriétaires dans les centres névralgiques de la production de richesses (centres-villes et lieux de villégiature touristiques) au détriment des jeunes actifs qui voudraient le devenir. Sur la prochaine décennie, le prix et la valorisation vont petit à petit reprendre leur droit mais seulement à partir du moment où les banques centrales cesseront de manipuler les deux.

Source :
Le 24 janvier 2020 par Igor de Maack, Gérant et porte parole de la Gestion DNCA